
Comment retrouver ces plaisirs
tout en découvrant de nouveaux horizons ? Tout au long de
l'hiver, mon Atlas du Canada restait à portée de la main.
Régulièrement, je parcourais, de l'œil et du doigt, toutes
les côtes, en fermant les yeux pour revoir les quelques unes que
je connaissais ou pour imaginer celles, infiniment plus nombreuses, qui
restaient encore à découvrir.
Quelques critères pratiques me ramenaient à l'ordre.
Il fallait pouvoir atteindre notre point de départ sans perdre trop
de temps (nous n'avions que 3 semaines) et à un coût abordable.
La navigation devait être suffisamment abritée pour ne pas
risquer d'être immobilisés trop longtemps par du mauvais temps.
Et enfin, il fallait être en dehors des sentiers battus.
C'est ainsi que mon Atlas commença à s'ouvrir de plus en plus souvent à la rencontre du Québec, du Labrador et de Terre-Neuve.
La Route 138 se dirige vers le nord-est depuis Montréal, en longeant la rive nord du St-Laurent. Mais ce n'est qu'à la fin de l'autoroute 40, après Québec, qu'on ne la découvre vraiment. Elle devient alors l'axe unique de transport et de communication traversant Charlevoix, l'embouchure majestueuse du Saguenay, Baie-Comeau et la capitale régionale de Sept-Îles. Elle se termine, à 1400km de son point de départ, juste passé Natashquan, patrie de Gilles Vigneault, à la communauté montagnaise de Pointe Parent.

Au delà, les cartes routières se font vagues. Les échelles, immenses. Les distances, difficiles à évaluer.
Après cet hiatus,
on la retrouve tout de même cette Route 138. Elle réapparaît
brièvement à Blanc-Sablon pour devenir la Route 510 au Labrador.
Cartes topographiques, cartes marines, recherches sur Internet - petit à petit, le projet se précisa. Mais la Basse-Côte-Nord ne se livrait pas facilement. Partout où nous avions pagayé auparavant, nous avions pu profiter de l'expérience d'autres kayakistes, sous la forme de livres, de guides ou de rencontres. Ici, rien, ou presque. Un récit, celui de Michel Vachon, sur Internet (La Terre de Caïn, mai 1998). Quelques photos et description des villages (Lower North Shore Tourist Guide) et quelques autres bribes d'information locales...
Ce n'est que grâce à des rencontres de dernière minute, un peu fortuites, en passant à Longue-Pointe-de-Mingan et Havre-St-Pierre que nous avons pu vraiment préciser notre itinéraire. Merci à Matthieu Bourdon, de Kayak OPS, à Sylvain Roy, du Gîte La Chicoutée et à Pierre St-Hilaire d'Agaguk pour leur gentillesse et leur hospitalité.
Partis de chez nous le dimanche 15 juillet, avec un petit arrêt pour nous ouvrir l'appétit aux Grandes-Bergeronnes au Camping du Paradis Marin, et à Longue-Pointe-de-Mingan au Camping de la Minganie, nous arrivons enfin à Natashquan le mercredi en mi-journée. Aucun doute sur l'endroit : Gilles Vigneault y est aussi (il chantera ce soir là à l'église du village pour le 20ème anniversaire de sacerdoce du curé de la paroisse, son cousin).
On s'installe au quai pour préparer le matériel et les kayaks : demain à l'aube, nous embarquerons sur le Nordik Express et tout doit être prêt. Nous campons derrière le quai sur un rocher, avec les moustiques et quelques autres passagers. L'aventure commence.

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