
Nous avions donc profité de notre arrivée la veille pour préparer les kayaks et les placer dans l'entrepôt du quai, prêts à partir (matériel de camping, minimum de vêtements, nourriture pour 2 semaines). L'agent local du Relais Nordik, M. Jean-Marie Deraps et sa femme Émilienne nous avaient gentiment laissé utiliser une partie du quai, un petit chariot et l'entrepôt.
Debout à 4h30 pour
voir arriver le Nordik à 5h30, nous apprenons qu'il a 3 heures et
demie de retard à cause d'un problème de grue. Le quai
commence à se peupler de pêcheurs, passagers et curieux pour
l'évènement hebdomadaire. Je m'installe dans un coin
pour préparer mes cartes marines (découpage et pliage).
Après le chargement du bateau, toujours un peu folklorique, c'est le départ, vers 11h30. Très rapidement nous sommes au large de l'interminable Plage Mistanekau qui sépare, sur plus de 40km, Natashquan de Kégaska. Très vite les passagers se séparent en catégories : les joueurs de carte ou de scrabble à table, les endormis et les paresseux (ou trop habitués) devant les écrans de télé, les amoureux de plein-air sur le pont, à l'avant ou au soleil à l'abri du vent. Jumelles aux yeux pour ne pas rater la moindre baleine, regard à l'horizon pour être le premier à apercevoir le prochain port... Il faut compter un peu moins de 3 heures jusqu'à Kégaska.
Pendant que Marie explore le navire et va s'installer sur le pont, j'étudie les cartes, calcule les échelles, mesure les distances et apprivoise notre itinéraire. À la suite de nos discussions avec Sylvain Roy de Longue-Pointe-de-Mingan, nous avons décidé de raccourcir un peu notre trajet et de laisser tomber la section Saint-Augustin à Blanc-Sablon qui comporte deux ou trois passages très exposés. Le temps dont nous disposons (dans 2 semaines, nous reprenons le Nordik) ne nous laisse pas suffisamment de jeu si nous devons laisser passer un coup de vent.
À Kégaska,
comme à presque toutes les escales, le bateau se vide et les passagers
envahissent le village (155 habitants), comme
des touristes débarquant d'un bateau de croisière dans les
petites villes des Antilles. Pas de "Duty Free" ici!
Un petit magasin général ("vite, des chips et un paquet de
cigarettes"), la petite église anglicane, une route poussiéreuse
et une longue plage. Le rythme de vie est antillais mais pas la température
de l'eau (4 ou 5°). Quelques autos (sans plaque d'immatriculation)
et beaucoup de 4 roues. Amarré au quai, parmi les crabiers,
un petit voilier français en aluminium. Rien qu'à le
voir, on se doute que c'est un bourlingueur qui a connu plus d'un océan...
L'après-midi tire à sa fin quand nous arrivons à La Romaine, 2 heures et demi plus tard. Le village est à 1 km du port. À peine plus grande que Kégaska avec ses 185 habitants, La Romaine est pourtant beaucoup plus importante grâce à la communauté montagnaise de Kamatshenan (615 habitants) dont le magnifique centre communautaire est situé à l'entrée du village. Nous laissons à La Romaine une compagne de voyage, son mari et leur fille. Elle est géologue et passe tout l'été ici. Chaque jour où le temps le permet, elle amène ses stagiaires faire des relevés géologiques le long de la côte.
Comme à chaque escale, certains passagers qui ont eu la sagesse d'amener leur vélo à bord, en profitent pour faire le tour des environs avant de revenir et de stationner leurs bicyclette à l'endroit prévu sur le pont arrière du Nordik.
Il fait presque noir quand
nous repartons. Prochain arrêt : Harrington Harbour, le point
de départ de notre "vrai voyage", dans presque 6 heures. Nous
mangeons un souper léger et trouvons un coin tranquille pour dormir
sur le pont supérieur. Une chance : il n'y a que peu de passagers
et nous pouvons nous allonger en travers des fauteuils. Nous réussissons
malgré tout à trouver quelques heures de sommeil avant de
sentir les moteurs ralentir pour notre arrivée à Harrington.
Il est 2h30, vendredi matin. Quelle journée!
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