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Ciel dégagé, vent léger et houle du
sud-ouest. Nouvelle lune.
Le gardien du Parc
nous parle de Derek Mercer (guide local dont le nom est cité dans un
livre* et dans quelques sites Internet). Coup de chance, nous le
rencontrons alors qu'il amène un groupe visiter le Parc. Il nous
donne quelques précieux conseils sur notre trajet et les possibilités
d'accostage.
*Sea kayaking in
Newfoundland
Il faut réorganiser tous les bagages et
équipements éparpillés dans
l'auto après une semaine de camping "automobile". Le gardien du
Parc nous prête gentiment une brouette pour transporter tout cela sur
les 200 m qui séparent la voiture de la plage: 6 sacs au
sec, la tente, 3 sacs de bouffe, 2 sacs de néoprènes, les accessoires
des kayaks, 2 contenants de 4 litres d'eau et 4 bouteilles Nalgene d'un
litre, le sac de pagaies et la douzaine de petits objets que nous
casons en vrac (casseroles, réchaud, bières, chaussures, kit de WC, bol
à salade, poêlon etc). Et deux kayaks de 17 pieds. Il est 13h30
quand nous quittons enfin la plage Est du parc. 
La marée est haute et de petits rouleaux déferlent sur le sable doux. Je pousse Marie et son kayak entre deux vagues. Oups! Un petit mur d'eau se dresse devant elle juste au moment où elle accélère et la vague déferle en plein sur elle. Elle a droit à une bonne douche! Mon départ est plus tranquille à la déception des quelques spectateurs. Les
kayaks sont lourds et il nous faut apprivoiser leur comportement un peu
moins stable que d'habitude.
La première demi-heure nous force à rafraîchir nos talents de
navigation. Burgeo est un archipel de petites îles entre
lesquelles se faufilent petits canots, bateaux de pêche et les deux
traversiers qui relient Burgeo aux communautés avoisinantes.

La
houle n'est pas forte, mais c'est assez pour se faire
mouiller
si l'on ne fait pas attention! - Plage Est de Sandbanks, Burgeo.
Bientôt, le paysage s'ouvre et nous
commençons à sentir la houle que nous entendions gronder sur les
rochers depuis un moment. Les îles de Ramea remplissent l'horizon
vers le sud et nous accompagneront pendant deux jours.

Notre destination est proche, Red Island n'est qu'à 11 km de notre
point de départ, mais nous passons presque une heure à trouver un site
de camping qui nous plaise. Nous aurions dû faire le tour de Red
Island en longeant sa côte ouest plutôt que de la contourner par
l'est. Il y aurait probablement eu plus de possibilités. Des pêcheurs en canot à moteur pensent avoir fait la prise de la semaine en rencontrant Marie au détour d'un petit bras de mer. Elle est cordialement invitée à partager leur cabane. Les 3 ou 4 caisses de bière ne sont malheureusement pas l'appât qu'il fallait et les pêcheurs perdent un peu d'enthousiasme en constatant qu'elle n'est pas seule...
Laissant de coté le site abandonné d'un ancien camp de pêche, marqué
par les restes de quelques cabanes au nord de l'île, nous nous
installons sur le replat d'une plage de galets au fond d'une petite
baie face à l'Est.
Les marées ne sont pas fortes sur cette côte,
particulièrement ces jours-ci puisque nous venons de passer la nouvelle
lune. Notre tente est en sécurité!
Nous sommes vite à l'ombre des rochers qui
montent derrière nous. Notre salle à manger est un petit talus
herbagé au-dessus de la plage. Les mouches noires et les moustiques ne
tardent pas à se pointer avec la fraîcheur humide du soir.
Nous comprenons pourquoi en faisant un petit tour d'exploration après le souper. Après s'être faufilés le long d'un sentier presqu'invisible dans l'enchevêtrement d'arbustres tordus par le vent et le gel, nous découvrons un replat verdoyant. Entre les rochers et
les forêts d'épinettes rabougries qui s'agrippent sur le granit, une tourbière de mousses gorgées d'eau stagnante rougeatre s'étend jusqu'à l'autre rive. Nous rentrons les pieds trempés alors que la nuit tombe.
Question... Que faire avec nos deux sacs de nourriture pleins à craquer. Quels visiteurs éventuels se cachent ici? Si je les place dans les kayaks, un rongeur zélé pourrait facilement faire un trou dans la coque de plastique. Pas question de les mettre dans la tente non plus. Il n'y a pas d'arbres assez hauts pour les suspendre. Finalement j'opte pour une solution intermédiaire. Je coince deux perches de bois flotté en me servant des gros galets de la plage et j'y suspend les sacs avec une casserole qui servira de sonnette d'alarme. Sans lune, le ciel noir scintille de millions d'étoiles et nous nous
endormons au bruit des vagues qui claquent sur les galets, tout près de
la tente.
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