Ciel découvert,
brumes matinales, dégagement en milieu de journée, vent léger, devenant
plus
fort dans les baies en après-midi, avec houle du sud-ouest.
Le soleil apparaît vers 7h au-dessus des falaises à
gauche de notre petite anse, sur un fond de ciel bleu. Par
contre, en face de moi la mer disparaît sous une couverture de brume
grise. Une heure plus tard, la brume a pénétré dans Gulch
Cove. A 10 heures on ne voit pas à 100 m. Nous en profitons pour
paresser un peu et lire à l'abri des moustiques.
Le soleil commence enfin à percer et le brouillard se lève doucement
vers midi. Quand nous quittons Gulch Cove à 13h20, la brume s'est
transformée en nuages bas, accrochés au sommet des falaises rocheuses,
avant de disparaître complètement en après-midi.
Deux aigles à tête blanche planent le long des grandes falaises et nous
revoyons, de loin, les dauphins.
Vers 15h30, nous arrivons à La Hune Harbour, anse
protégée qui abritait une petite communauté dont il ne reste que deux
cabanes et des ruines. Ce site est accessible par l'ouest mais
également par l'est, dans la baie de La Hune. Le paysage est
remarquable. Les falaises de granit lisse blanchies par le soleil
et arrondies par les glaciers font contraste avec les rochers
sombres et déchiquetés par la mer qui nous accompagnent depuis Red
Island. Le petit village occupait ce qui est maintenant une étendue couverte de grandes herbes entre deux plages. À l'ouest, du coté le plus exposé, la plage était protégée par une empilade de grosses poutres maintenues par des tiges de métal rouillées pour protéger la communauté des tempêtes. Des amas de planches hérissées de vieux clous rouillés marquent l'emplacement de chaque maison. Une cabane encore utilisée porte une enseigne : "Charlie's Angel". L'autre, porte défoncée, contient un matelas éventré et des bouteilles de bière vides. Je replace la porte et la ferme tant bien que mal. Par pudeur? Ou par respect pour ce qui a déjà été un lieu de vie pas toujours facile... Alors que, parmis les tombes de Fox Island, j'avais une impression de paix et de sérénité, ici, je me sens mal à l'aise... Est-ce la crainte de mettre le pied sur un clou, les traces de présence récentes parmis les ruines, ou encore cette stèle funéraire, couchée seule dans l'herbe, entre deux restes de cabanes? Nous ne coucherons pas ici ce soir.
De l'autre coté de la Baie de La Hune, nous apercevons
des épines rougeâtres dressées comme des cathédrales en ruine...
S'il y avait une
communauté, il devait y avoir de l'eau fraîche à proximité. Je
trouve le ruisseau de l'autre coté du petit havre. Son eau claire
s'écoule comme un ruban le long d'une pente lisse dont le pied baigne
directement dans la mer. Je coince mon kayak entre deux rochers
et grimpe en évitant soigneusement le lit verdâtre et glissant du
ruisseau. Une faille formant petite cascade me permet de refaire
une réserve d'eau douce.
Il semble y avoir
des plages plus intéressantes de l'autre côté de la Baie de La
Hune. Après avoir exploré le site, nous repartons en contournant
Long Point et le Cap La Hune. Au fond de Wild Cove, nous trouvons
les épines rocheuses aperçues depuis La Hune Harbour et, surtout, un
paysage à couper le souffle.
D'abord, une eau
turquoise, comme on en voit dans les Antilles. Ensuite un ruban
de sable fin sur lequel roulent de petites vagues. La plage
s'élève doucement pour former une petite dune recouverte d'un tapis
vert d'ammophiles. Un petit étang donne sur un boisé formant la
base d'un cirque rocheux dont les sommets arrondis font comme une
couronne autour de cette plage... Nous longeons les formations de
granit dressées le long de la langue rocheuse fermant le sud de la
baie et laissons les
vagues nous déposer sur la plage laissée vierge par la marée
descendante. Le sable doux chante sous nos pieds. Une seule
trace de pas datant de quelques jours marque le haut de la plage.
D'autres traces plus discrètes dessinent le trajet d'une loutre partie
de l'étang pour aller se baigner à la mer.
Un ruisseau d'eau claire coule le long des rochers à l'autre bout de la
plage.
Profitant de ce que les marées sont faibles et la mer calme, nous
décidons de camper sur la plage. Les kayaks sont placés un peu
plus haut que la tente et bien amarrés à de grosses pierres.
Nous ne mettons dans la tente que le minimum de bagages
pour pouvoir la soulever et la déplacer, au cas où... Trois
poutres de bois flotté et un petit peu de sable forment un muret.
Je me dis qu'il nous donnera 5 minutes de plus pour réagir si la mer
monte plus haut que prévu.
Un replat dans la falaise rocheuse qui surplombe la tente nous offre un
coin cuisine abrité et confortable.
La mer recommence à monter lorsque la nuit tombe. Nous nous
endormons au bruit des vagues qui claquent sur le sable.
Mon horloge interne me réveille vers 1h, à marée haute. Il n'y a
plus de vagues et l'eau est à 3 m de la tente. Je me rendors sans
inquiétude.