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Ciel clair,
visibilité 15 km, pas de vent, houle du sud-ouest.

Pyramide rocheuse au
fond de Wild Cove.
La mer est basse à nouveau quand nous nous réveillons. A part le
coin où nous nous sommes installés, la plage est nettoyée des pas que
nous avions laissés hier. La loutre invisible a de nouveau fait
son petit tour de l'étang à la mer.
Pendant que Marie explore le rivage, je grimpe le long des rochers qui
surplombent la plage. On dit que, par temps très clair, du haut
de ces quelques 200 m, on peut apercevoir l'île Brunette et les sommets
de St-Pierre et Miquelon. Ce matin, un voile d'humidité cache
l'horizon. Je n'arrive pas à distinguer Burgeo vers l'ouest et
n'aperçois qu'à peine les îles de Ramea.
A mes pieds, je vois Marie sur la plage, comme une fourmi... Au
lieu de suivre la crête comme à l'aller, je redescends en zig-zag
directement vers l'étang et la plage en coupant à travers le boisé
d'épinettes rabougries et piquantes.
Nous partons vers 11h pour la dernière étape.
Nous contournons Aviron Point après avoir traversé l'entrée d'Aviron
Bay. Aviron Point est prolongée par un haut fond bien exposé à la
houle du sud-ouest. Les longues vagues se creusent avant de
rebondir contre les rochers de la côte. Même en passant à 300 m
au large, nous nous faisons bien secouer. Nous croisons deux
hors-bord venant de François. Le premier s'arrête nous
parler. Perry Buggs s'en va passer le dimanche avec des amis à sa
cabane de la Baie de La Hune.
Juste
avant Bagg Head, une énorme grotte s'ouvre dans la falaise.
L'arche de son entrée surplombe la mer de plus de 20 m. Au fond,
dans l'ombre, derrière une arche plus basse, le plafond disparaît dans
une cheminée de près de 30 m de haut. Je ne peux m'empêcher de frissonner, tout petit sous cette gigantesque masse de rochers. Pour qu'elle se forme, il a bien fallu que des milliers de tonnes de rochers tombent du plafond de cette grotte. Où sont ils tous passés? Mangés par cette mer qui a l'air si douce pour l'instant?
Nous nous arrêtons juste un peu plus loin pour casser la croûte, sur la
petite plage de galets qui referme la gorge de Bagg Pond. À l'abri du vent, nous laissons le soleil nous réchauffer, appuyés sur un rocher arrondi par les vagues. Il reste quelques carottes à grignoter avec un morceau de viande séchée un peu trop salée. L'air
se refroidit tout à coup et un banc de brouillard s'installe sur
l'eau. Il s'élève en approchant de la côte. Je sors tout de
même mon GPS et le règle sur les coordonnées du phare qui marque l'entrée de la Baie de
François au cas où le brouillard se refermerait complètement. Je
prends un relèvement sur mon compas de navigation. De toutes
façons, nous n'avons qu'à suivre la côte... Nous enfilons nos vestes de sécurité encore humides. On a toujours froid après mangé.
La brume se dissipe un peu plus tard alors que nous arrivons au phare
de François.

Le phare marquant
l'entrée de la Baie de François
Le village, abrité au fond de la baie, se
presse contre le pied de
falaises plus abruptes que celles de Grey River.
Nous passons devant
le quai fédéral où causent trois vieillards. Ils nous indiquent la
rampe à l'autre bout du village. Quelques bateaux sont amarrés devant
les quais privés. A mesure que nous nous approchons nous percevons les
bruits d'un dimanche après midi tranquille : jeux d'enfants, éclats de
voix, un moteur...
Quelques passants nous saluent alors que nous tirons les kayaks hors de
l'eau sur la rampe. Quel luxe d'arriver à pied sec comparé aux galets gluants de Grey River.
Les deux magasins du village sont fermés, bien sûr. Nous visitons
le site CAP (point d'accès Internet) à la recherche d'un téléphone - il
n'y a pas de téléphone public - et Gwen Dumsford nous présente le site
Internet du village qu'elle a créé cet été. Le site CAP occupe la
bibliothèque de l'école du village. Quatre enseignants s'occupent des 21 élèves (jardin d'enfant à
12ème année) sur une population de 120 personnes environ.
Nous profitons de l'arrivée du Marine Voyager qui relie François à Grey
River et Burgeo pour organiser le chargement de nos kayaks en prévision
du départ demain matin à 7h30.
Plus tard, nous allons visiter le musée du village. C'est comme
cela que nous trouvons une chambre à louer pour la nuit, chez
Roweena Marsden. Son mari
est parti pêcher pendant 3 ou 4 jours sur les bancs de St-Pierre.
Elle passe la journée à causer avec ses voisines et à s'ennuyer de ses
enfants et petits enfants, partis loin de Terre-Neuve, comme tant
d'autres. Elle n'attendait personne mais insiste pour nous improviser un souper. Une bonne soupe au poulet avec pain blanc et beurre. Plus tard, pendant que Marie et Roweena causent doucement sur le balcon, je feuillette un magazine de pêcheurs assis dans le salon impeccablement propre. Une grosse télé est allumée dans le coin mais j'ai coupé le son. Une émission américaine que je ne connais pas... Chaque centimètre carré de mur et la moindre surface horizontale sont couverts de souvenirs, de bibelots ou de photos de famille. Je pourrais être dans n'importe quel petit village du Canada, sauf qu'à coté du téléphone, est posé le poste de radio VHF qui lui permet de parler à son mari lorsqu'il est en mer.
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